La finale de la 35ᵉ édition de la Coupe d’Afrique des Nations, disputée le 18 janvier 2025 à Rabat, restera longtemps gravée dans les mémoires. Non seulement parce qu’elle a consacré le Sénégal, vainqueur du Maroc (1-0 après prolongation), mais surtout parce qu’elle a basculé, dans ses derniers instants, dans une confusion rarement observée à ce niveau de compétition. Quarante-huit heures après les faits, l’émotion est toujours vive, les débats passionnés, et les interrogations nombreuses.

Une finale intense et équilibrée… jusqu’au temps additionnel

Pendant près de 90 minutes, Sénégal et Maroc ont livré une finale digne de l’événement. Dans un stade Prince Moulay Abdellah acquis à la cause du pays hôte, les Lions de la Teranga ont dominé la première période, mettant sous pression une sélection marocaine souvent sauvée par l’excellence de Yassine Bounou, décisif à plusieurs reprises (5’, 38’).

Le second acte a vu un Maroc plus entreprenant, mieux installé dans le camp adverse, mais confronté à un bloc sénégalais discipliné, compact et tactiquement rigoureux. Les hommes de Pape Thiaw ont su absorber les temps forts marocains sans rompre, maintenant un équilibre fragile mais maîtrisé. Tout laissait penser que cette finale se dirigerait vers une issue classique, tendue mais contrôlée.

Le match bascule dans la confusion

C’est dans le temps additionnel que la rencontre va totalement changer de visage. À la 90’+2, Ismaïla Sarr croit offrir le sacre au Sénégal en inscrivant un but de la tête sur corner. La joie est immense… mais de courte durée. L’arbitre congolais Jean-Jacques Ndala Ngambo refuse le but pour une faute présumée d’Abdoulaye Seck sur Achraf Hakimi, sans recourir à la VAR malgré les protestations sénégalaises.

L’arbitre congolais Jean-Jacques Ndala Ngambo au centre de la controverse qui a failli gâcher la fête du football africain.

Quelques minutes plus tard (90’+8), sur une action marocaine, la VAR est cette fois utilisée. Brahim Diaz s’effondre dans la surface après un léger accrochage avec Diouf. Penalty accordé au Maroc. La décision provoque une colère noire chez les Sénégalais, qui quittent la pelouse et regagnent les vestiaires, estimant subir une injustice manifeste.

Le match est alors interrompu de longues minutes. Les esprits s’échauffent, des supporters envahissent partiellement la pelouse, des projectiles sont lancés. L’image renvoyée est désastreuse. Sous l’impulsion de Sadio Mané, les Lions de la Teranga finissent par revenir sur le terrain pour reprendre le jeu.

Dans une atmosphère électrique, Brahim Diaz, meilleur buteur du tournoi, s’avance pour tirer le penalty de la victoire. Sa tentative, une panenka mal exécutée, est captée sans difficulté par Édouard Mendy (90’+24). Le Maroc laisse passer sa chance. Direction les prolongations.

Pape Gueye, symbole d’un Sénégal froid et clinique

Pape Gueye dont la lourde frappe a eu raison de l’excellent Yassine Bounou.
Crédit: FSF

Le choc psychologique est immédiat. Dès la reprise de la prolongation, le Maroc accuse le coup. Sur une interception consécutive à une perte de balle de Neil El Aynaoui, le Sénégal se projette rapidement. Sadio Mané décale Pape Gueye, qui s’engouffre dans l’axe et déclenche une frappe surpuissante à l’entrée de la surface. Le ballon se loge dans la lucarne de Bounou (94’, 1-0). Le coup est fatal.

Malgré une ultime réaction marocaine – notamment une tête de Nayef Aguerd sur la barre transversale (108’) – le Sénégal, parfaitement organisé, ne vacille plus. Les Lions de la Teranga verrouillent la rencontre, doublent les rideaux défensifs et gèrent les dernières minutes avec une maturité impressionnante.

Décryptage tactique : la lecture juste de Pape Thiaw

Mohamadou Sangaré, Journaliste-Consultant.

Dans son analyse, le technicien ivoirien Mohamadou Sangaré met en lumière une finale avant tout tactique, marquée par une opposition de styles dans un système identique. Les deux équipes évoluaient en 4-3-3, mais avec des animations différentes :

  • le Maroc, dans un 4-3-3 traditionnel à milieu à plat ;

  • le Sénégal, dans un 4-3-3 avec un milieu en triangle, la pointe basse jouant le rôle de sentinelle défensive.

En phase offensive, les deux formations projetaient rapidement leur bloc vers l’avant, basculant souvent en 3-5-2. Cette similitude dans l’animation explique l’équilibre observé jusqu’à la pause (0-0). La seconde période a vu davantage de variations : alternance entre jeu en appui, profondeur et transitions rapides, chaque équipe cherchant la rupture sans jamais se découvrir excessivement.

Selon Sangaré, c’est la discipline tactique et la solidité mentale du Sénégal qui ont fait la différence après les faits de jeu controversés. Là où le Maroc a accusé le coup, les Lions de la Teranga sont restés concentrés, organisés et déterminés.

Un sacre mérité, une image écornée

Avec ce succès, le Sénégal décroche son deuxième titre continental, confirmant sa domination récente sur le football africain. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 12 buts inscrits, seulement 2 concédés, quatre clean sheets. Une équipe mature, disciplinée, mentalement forte.

Sadio Mané et Gana Gueye, les deux leaders techniques qui ont contribué grandement au 2è sacre sénégalais.
Crédit: FSF

Mais cette finale laisse aussi un goût amer. Les incidents, les longues interruptions et la gestion arbitrale ont terni l’image de l’événement. Le rêve du peuple marocain, qui attendait un sacre à domicile depuis près de 50 ans, s’est brutalement brisé dans un climat de tension extrême.

Une leçon pour le football africain

Au-delà du résultat, cette finale pose de vraies questions sur la gestion des grands rendez-vous, l’arbitrage et la maîtrise des émotions dans les moments décisifs. Comme le conclut Mohamadou Sangaré, l’avenir du football africain appartiendra aux nations capables d’allier discipline de jeu, maturité tactique et solidité mentale.

À Rabat, dans la tempête, le Sénégal a su rester debout. Et c’est sans doute là que s’est jouée cette finale aussi historique que controversée.

BENSON ISRAEL, Envoyé Spécial au Maroc

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