L’histoire Ă©tait Ă  portĂ©e de main. Elle s’est finalement envolĂ©e en quelques minutes.

Quatre jours aprĂšs l’Ă©limination de la CĂŽte d’Ivoire face Ă  la NorvĂšge (2-1) en seiziĂšmes de finale de la Coupe du monde 2026, la blessure reste vive. Dans les rues d’Abidjan, sur les rĂ©seaux sociaux, dans les maquis comme sur les plateaux de tĂ©lĂ©vision, une mĂȘme interrogation revient : comment cette gĂ©nĂ©ration si talentueuse a-t-elle pu laisser Ă©chapper une qualification qui semblait Ă  sa portĂ©e ?

Car au-delĂ  de la dĂ©faite, c’est surtout son scĂ©nario qui nourrit les regrets.

Les ÉlĂ©phants avaient rĂ©ussi Ă  revenir dans la rencontre grĂące Ă  un chef-d’Ɠuvre d’Amad Diallo Ă  la 74e minute. Ils avaient repris confiance, dominaient les dĂ©bats et semblaient capables de faire basculer dĂ©finitivement le destin de cette rencontre historique. Mais Ă  la 86e minute, Erling Haaland est venu rappeler pourquoi il est considĂ©rĂ© comme l’un des meilleurs attaquants de la planĂšte. Son but a plongĂ© toute une nation dans le silence.

Une symphonie inachevée

Yan Diomandé encouragé par son coéquipier de Leipzig, Antonio Nusa, qui a été le premier à allumer la mÚche sur une action magistrale.
Crédit: FIF

Cette Ă©limination laisse un goĂ»t particulier parce qu’elle concerne probablement la gĂ©nĂ©ration ivoirienne la plus prometteuse depuis celle de Didier Drogba et Yaya TourĂ©.

Avec une moyenne d’Ăąge de seulement 25 ans, la CĂŽte d’Ivoire prĂ©sentait l’effectif le plus jeune de cette Coupe du monde. Une Ă©quipe construite autour de talents dĂ©jĂ  reconnus dans les plus grands championnats europĂ©ens.

Yan DiomandĂ©, rĂ©vĂ©lation du tournoi. Nicolas PĂ©pĂ©, revenu au premier plan aprĂšs une pĂ©riode mouvementĂ©e. Amad Diallo, auteur d’un Mondial de grande qualitĂ©. Ibrahim SangarĂ©, Franck KessiĂ©, GuĂ©la DouĂ©, Chris Inao, Emmanuel Agbadou ou encore Yahia Fofana…

Autant de joueurs qui ont démontré que le football ivoirien possÚde encore un formidable réservoir de talents.

La qualification historique pour les seiziĂšmes de finale restera d’ailleurs un tournant majeur dans l’histoire des ÉlĂ©phants. Pour la premiĂšre fois, la CĂŽte d’Ivoire avait franchi le cap de la phase de groupes aprĂšs les frustrations de 2006, 2010 et 2014.

Mais cette avancĂ©e historique ne suffit pas Ă  effacer le sentiment d’une occasion manquĂ©e.

Le mĂȘme scĂ©nario qui se rĂ©pĂšte

Emmanuel Agbadou ici en compagnie de Haaland se trouve également au coeur de la tourmente.
Crédit: FIF

Ce qui interpelle les observateurs, c’est surtout la rĂ©pĂ©tition des mĂȘmes erreurs.

Face Ă  l’Allemagne dĂ©jĂ , lors de la phase de groupes, les ÉlĂ©phants avaient longtemps tenu tĂȘte Ă  l’une des meilleures Ă©quipes du tournoi avant de cĂ©der dans les derniĂšres minutes.

Contre la NorvĂšge, le scĂ©nario s’est presque reproduit Ă  l’identique.

Dans les deux rencontres, la CĂŽte d’Ivoire a affichĂ© de la personnalitĂ©, du talent et une rĂ©elle capacitĂ© Ă  rivaliser avec des nations majeures du football mondial. Mais dans les moments dĂ©cisifs, elle a manquĂ© cette luciditĂ© qui distingue souvent les grandes Ă©quipes des Ă©quipes en devenir.

Ancien international ivoirien, JoĂ«l TiĂ©hi estime que cette Ă©limination dĂ©passe la simple malchance. Selon lui, la sĂ©lection a souffert d’un dĂ©ficit de maĂźtrise dans les temps forts, d’erreurs de concentration et d’ajustements tactiques insuffisants lorsque le match basculait.

Le débat est lancé

Yacine Idriss Diallo et Emerse Faé sont désormais pointés du doigt à la suite de cette élimination.
Crédit: FIF

Comme souvent aprÚs une élimination majeure, les critiques se multiplient.

Le sĂ©lectionneur Emerse FaĂ© voit dĂ©sormais ses choix tactiques analysĂ©s avec minutie, tandis que la gouvernance de la FĂ©dĂ©ration ivoirienne de football revient Ă©galement au cƓur des discussions, dans un contexte oĂč son prĂ©sident doit prochainement solliciter un nouveau mandat.

Une partie des supporters rĂ©clame des explications, certains allant jusqu’Ă  demander un changement profond Ă  la tĂȘte du football ivoirien.

Pour autant, réduire cette campagne mondiale à un échec serait oublier le chemin parcouru.

Une élimination qui ne doit pas masquer les progrÚs

Nicolas PĂ©pĂ©, l’une des grandes satisfactions de la CĂŽte d’Ivoire Ă  ce rendez-vous mondial est devenu Ă  coup sĂ»r l’un des cadres autour de qui le futur de cette Ă©quipe peut se bĂątir!

La CĂŽte d’Ivoire quitte certes la compĂ©tition, mais elle laisse aussi plusieurs motifs d’espoir.

Elle a battu l’Équateur.

Elle s’est qualifiĂ©e pour la premiĂšre fois de son histoire en phase Ă  Ă©limination directe d’une Coupe du monde.

Elle a rivalisĂ© avec l’Allemagne.

Elle a longtemps fait douter la NorvĂšge.

Elle a surtout confirmĂ© que le football ivoirien dispose d’une nouvelle gĂ©nĂ©ration capable de regarder les grandes nations dans les yeux.

Comme l’ont montrĂ© plusieurs sĂ©lections africaines durant ce Mondial, l’Ă©cart avec les meilleures Ă©quipes mondiales continue de se rĂ©duire.

La prochaine étape sera désormais mentale autant que sportive.

Transformer cette immense frustration en expérience.

Faire des fins de match une force plutĂŽt qu’une faiblesse.

Et surtout construire autour de cette jeunesse un projet capable de conduire enfin les ÉlĂ©phants encore plus loin.

Parce que les grandes équipes ne se construisent pas uniquement avec les victoires.

Elles naissent aussi de leurs plus grandes blessures.

BENSON ISRAEL

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